Numéro 14
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Editorial
De la visibilité des artistes d'aujourd'hui en France et à l'étranger
Saluons l'initiative de l'Association Française d'Action Artistique qui, conjointement au Ministère de la Culture, a décidé de réunir deux fois l'an un comité constitué de professionnels et d'acteurs de l'art en France afin de remédier à la relative marginalisation des "artistes français" sur la scène internationale (pour notre part, comme le savent les fidèles lecteurs de la revue, nous aurions préféré le terme artistes vivant en France tant la présence de créateurs venus d'horizons multiples est non seulement une tradition - il suffit de penser aux Impressionnistes ou au Montparnasse de l'entre-deux-guerres - mais une évidence hexagonale).
Nous ignorons quelles vont être les conclusions de ce comité, mais, au risque de passer pour d'obscurs héritiers de La Palisse, nous sommes persuadés que, si l'on désire que les artistes vivant en France soient susceptibles de franchir les frontières, et pour ce, être perçus par des commissaires d'exposition, des galeristes et des collectionneurs étrangers, il faut tout d'abord que ces derniers voient leurs oeuvres ! Or, soyons francs, autant l'attitude nationaliste de certains pays concernant la défense systématique de leurs propres artistes nous paraît manquer singulièrement de générosité (et de curiosité), autant, même s'il y a de notables exceptions, le manque d'empressement de certaines institutions françaises (musées, centres d'art, fondations) pour reconnaître et faire reconnaître les leurs nous étonne, d'autant plus que cela n'a rien à voir avec des critères esthétiques (la qualité de la production de nombre d'artistes vivant en France est une réalité, et ce, quelles que soient leur génération, leur esthétique, leur médium de prédilection ou leur origine) , comme nous étonne le fait que les musées ou les centres d'art régionaux n'exposent que fort peu d'artistes de leurs régions , ou que les centres d'art des banlieues ignorent presque unanimement la production artistique des minorités qui y vivent...
Les raisons de cet état de fait sont complexes, multiples : nous ne pouvons pas, dans le cadre de ce simple éditorial, en faire une réelle analyse. De toute façon, il est moins urgent de savoir pourquoi que comment y remédier (que l'on ne nous fasse pas le procès d'être "franchouillard" : c'est trop facile ! Nous sommes les premiers à estimer les oeuvres des grands artistes internationaux, mais nous sommes également capables d'apprécier les oeuvres des artistes vivant ou séjournant en France).
Deux propositions nous semblent tomber sous le sens.
La première, qui paraît simple, est de coordonner, lors de grandes manifestations internationales (comme la FIAC, la Biennale de Lyon, etc.), les programmes entre les galeries privées et les institutions publiques - musées, centres d'art - pour que les professionnels de l'art venus de l'étranger puissent voir les oeuvres des artistes du pays où ils séjournent.
La seconde est d'encourager, voire d'instituer, dans toutes les expositions d'art contemporain organisées dans des lieux dépendant de l'État ou de la Région une parité entre les oeuvres des artistes vivant en France et celles provenant du monde entier (nous ne savons pas si, à l'instar de la représentation des femmes dans les partis politiques, les résistances sont telles qu'une loi s'avère nécessaire, mais la question mérite sans doute d'être posée).
On connaît la force de propagation des oeuvres : vues, enfin vues, nul doute que certaines d'entre elles emporteront l'adhésion de ceux qui doutent - ici ou ailleurs - qu'il y ait un art d'aujourd'hui de très grande qualité en France.
Pascal Amel, Teddy Tibi