Numéro 20
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| | Prix Normal | | 10.00 € |
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Sommaire
11 Exposition
L'empire des Gupta, Entretien avec Thierry Zéphir
24 Domaine public
La naissance de Kumara, Texte de Kalidasa, présentation par Amina Okada
36 Installation
Agnés Varda et l'art contemporain, Entretien avec Philippe Piguet
42 Peinture
Les chiens de Henri Cueco, Entretien avec Pascal Amel
50 Art et Mécénat
Le point de vue de Patrick Ricard, Entretien avec le président du groupe Pernod Ricard
54 Exposition
La grâce nécessaire de Philippe de Champaigne, Par Emmanuel Daydé
66 Photographie
Les matériologies de Sarah Moon, Entretien avec Alexandra Fau
72 Peinture
François Jeune, peinture sur peinture, Par Bertrand Prévost
78 Découverte
Yamou ou les métaphores du végétal
80 Région
Région Languedoc-Roussillon, Par Antoine Fonsagrive
92 Bibliothèque
Actualité des livres
96 Evènements
Choix de manifestations artistiques nationales
Editorial
L'art, l'argent, le rayonnement de la France, la gratuité
L'art qui, sociologiquement, après sans doute la faillite des récits révolutionnaires et le regard toujours nécessairement critique sur les dogmes religieux, est devenu, en ce début de XXIe siècle, l'un des pôles - pour ne pas dire le pôle - de symbolisation individuelle et collective de notre civilisation. Jamais autant de personnes n'ont fréquenté les musées, jamais les grandes expositions n'ont emporté un si vif succès. L'on ne peut que s'en réjouir. D'autant que la France est devenue non seulement la première destination touristique mondiale mais l'un des deux ou trois pays où sont proposés le plus grand nombre de musées ou de lieux d'expositions consacrés à l'art (des autres civilisations, classique, moderne ou contemporain).
Cela a un coût. Sans la complémentarité de l'argent public (l'État, les régions, les départements, les villes) et privé (celui des mécènes et des sponsors), il serait évidemment impossible de générer un si grand nombre de lieux ni, au su des coûts de transports et d'assurances, monter de prestigieuses expositions. Or, dans "l'affaire d'Abou Dhabi" (rappelons que les autorités des Émirats Arabes Unis viennent de signer un accord avec l'État français pour la concession d'un musée estampillé Louvre où, moyennant 1 milliard d'euros, seront montrés - lors d'expositions temporaires faites en partenariat avec des conservateurs compétents - quelques-uns des chefs-d'oeuvre de l'art universel que détient "le plus grand musée du monde"), certains s'émeuvent des liens entre l'art et l'argent en dénonçant une mainmise de celui-ci sur celui-là en arguant du fait que « sur le plan moral, l'utilisation commerciale et médiatique des chefs-d'oeuvre du patrimoine national, fondements de l'histoire de notre culture et que la République se doit de montrer et de préserver pour les générations futures, ne peut que choquer ».
La question mérite débat. Non pas que le rayonnement de l'art majeur et la reconnaissance internationale de la "marque" France en matière de culture ne soient une excellente nouvelle. Nous ne sommes pas performants en tout, et rêver d'un monde où circuleraient librement, pas uniquement les biens de consommation, mais aussi les hommes et les oeuvres de l'art et de l'esprit nous semble parfaitement légitime ! Mais il faut - bien entendu - se prémunir d'une dérive possible (la ligne blanche à ne pas franchir serait la vente d'oeuvres appartenant à un musée, mais apparemment nul ne met en doute le fait que toutes les oeuvres considérées comme faisant partie du patrimoine de notre pays soient inaliénables). Il faut aussi que chacun y trouve son compte. Notons, tout d'abord, que l'on ne peut que saluer l'initiative des Émirats Arabes Unis de vouloir instaurer un pôle culturel "universel" au Moyen-Orient : un festival de cinéma placé sous le signe de la tolérance et du dialogue des cultures en présence de Richard Gere et d'Oliver Stone a eu lieu à Dubaï en décembre dernier , outre un musée estampillé Louvre, un musée Guggenheim, un troisième consacré aux arts de l'Islam, et un complexe culturel où auront lieu des projections de films et des représentations théâtrales sont prévus , les organisateurs de la foire Art Paris réunissant une quarantaine de galeries françaises et internationales viennent de signer la tenue de leur manifestation à Abou Dhabi, etc. Notons également que, d'après la promesse réitérée du ministre de la Culture, la somme perçue par cet accord sera principalement reversée aux musées concernés pour être entre autres consacrée à la restauration d'oeuvres d'art - dont quelques-unes sont d'authentiques chefs-d'oeuvre aujourd'hui relégués dans les réserves et pour ainsi dire "dérobées" au regard du public faute de moyens !
Mais il y a plus. Si (pour employer un vocabulaire volontairement commercial) la "marque" France en matière culturelle existe et si elle est une part de notre présent et de notre futur dans l'ère de la mondialisation, cette "marque" appartient à tous les citoyens français : elle est notre héritage, notre patrimoine commun, ce que nous avons à créer aujourd'hui pour le transmettre et le partager demain , et, pour le cas où cela génère des fonds non négligeables, il nous semble logique que ce soit en premier lieu le public en France (national et international) qui en bénéficie : l'accès du plus grand nombre à la culture demeure une utopie à réaliser (on l'aura compris : pour nous l'argent n'est pas un but en soi, mais un outil, un moyen).
Aussi - en cette période électorale - nous soumettons à la sagacité des différents candidats à l'Élysée la proposition d'instaurer la gratuité d'entrée pour les collections permanentes de tous les musées (comme c'est d'ailleurs le cas au Royaume-Uni, dont les musées ont connu une augmentation de 78% de leurs visiteurs, et, depuis quelques années, dans les musées de la Ville de Paris), afin que l'accès au patrimoine et à l'art majeur soit une réalité pour tout un chacun - classes sociales confondues - pour celles et ceux qui le désirent.
Pascal Amel et Teddy Tibi