Numéro 5
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| | Prix Normal | | 10.00 € |
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Sommaire
12 Domaine public
L'atelier de Cézanne, par Joachim Gasquet
28 Note d'atelier
Hervé Télémaque, le dessin retrouvé entretien avec Anne Dagbert
34 Esthétique
Mémoire et oubli: les figures du silence chez Sarkis par Soko Phay-Vakalis
40 Forum
Sur la couleur, avec la rarticipation de François Jeune, Florence de Mèredieu, Annie Mollard-Desfour et Jean-Claude Le Gouic
52 Ailleurs
Regards sur la peinture acrylique des Aborigènes par Magali Mélandri
58 Note d'atelier
Gérard Traquandi, temps de peinture, entretien avec Philippe Piguet
64 Patrimoine
La jouvence de la Galerie des glaces par Vincent Quéau
70 Film
Valérie Jouve, l'inquiétante traversée du territoire, entretien avec Fabien Danesi
76 Esthétique
Circuler parmi les antiques, par Yannick Lepape
82 Poésie
Adonis: Cheminement du désir dans la géographie de la matière
88 Bibliothèque
Choix et commentaires de livres
94 Evènements
Actualité de manifestations artistiques
Editorial
L'art contemporain pour qui ?
A en croire les chiffres de la Réunion des musées nationaux, jamais le public intéressé par l'art n'a été aussi important qu'aujourd'hui : 600 000 personnes ont vu l'exposition Matisse et Picasso au Grand Palais, 550 000 celle de Modigliani au musée du Luxembourg, 200 000, les travaux de Daniel Buren au Centre Georges-Pompidou, et de nombreuses expositions ont eu lieu ces derniers mois dans les principales villes de province et ont attiré les foules. Tout donne à penser que l'on va battre des records de fréquentation pour les expositions de Léonard de Vinci, qui se déroule actuellement au musée du Louvre, et celle de Gauguin Tahiti, qui aura lieu début octobre au Grand Palais.
Loin de nous attrister - comme ce peut être le cas pour les sempiternels snobs qui, faute de talent personnel, cherchent à tout prix à se différencier par le mépris et la dérision de ce qui est plus essentiel qu'eux-mêmes - ce phénomène de société nous procure de la joie. Et de l'espoir. Car, comme les concepteurs de ces expositions, comme tous ceux qui aiment véritablement l'art, comme tous ceux qui ne se satisfont pas de la sous-culture ambiante (c'est-à-dire de l'idéologie de la consommation pour la consommation), nous pensons que l'art n'a pas à être cantonné sur une île déserte ou capté par tel clan "élitiste" mais, bien au contraire, doit être vu par le plus grand nombre. Que les oeuvres ont en définitive vocation à être publiques. Ou plus précisément, qu'elles n'ont pas seulement vocation à être vues par ceux qui le désirent mais par ceux qui, pour des raisons sociologiques, faute de ne pas y avoir eu accès, ignorent que cela correspond à l'une des possibilités de leur désir (nous ne voulons pas ériger l'art en dogme ou en culte, nous pensons simplement que, à l'instar de la grâce sur laquelle ont écrit les théologiens du Moyen Âge, le vent souffle où il veut. Que nul ne peut préjuger de ce que l'autre - tel ou tel individu, le public, voire le grand public - perçoit lorsqu'il se trouve de plain-pied avec une oeuvre. Qu'il suffit parfois d'une seule occasion pour que votre vie s'en trouve modifiée. Qu'il suffit de ce qu'on pourrait appeler une rencontre ou un événement).
Cela étant dit, dans le palmarès des expositions les plus visitées, les lecteurs auront sans doute remarqué que celles concernant exclusivement l'art contemporain ne représentent qu'une part congrue (mais non négligeable). Deux raisons principales, nous semble-t-il, à cela. La première - inévitable - est que le nouveau, par définition, nécessite un effort et un temps de réception pour être assimilé, qu'il faut en somme un travail d'adaptation pour pouvoir pleinement en jouir- et plus ce nouveau sera singulier, déroutant, éloigné de la norme, plus intense l'effort à fournir et plus long le délai. La seconde - devenue cruciale dans notre société de communication - est que l'art contemporain comme toute autre activité humaine est pris dans un réseau d'intérêts qui tend à substituer aux critères purement esthétiques (l'importance réelle de l'oeuvre de tel ou tel artiste) des stratégies d'autopromotion (d'où l'insignifiance de certains travaux présentés comme "génialement critiques" au public alors qu'ils ne sont que des "coups" organisés, pour ne rien dire des catégories spécieuses de "l'artiste-entrepreneur" ou de "l'artiste sans oeuvre" qui ont fleuries cette dernière décennie). Tout ce qui brille n'est pas or, et discerner les voix singulières, parfois infimes, voire marginalisées, du tohu-bohu des machineries de la mode afin que le durable prenne in fine le pas sur l'éphémère, qu'il y ait une véritable reconnaissance des oeuvres et pas seulement des têtes d'affiches tonitruantes, demeure toujours une nécessité. C'est l'affaire de tout un chacun. C'est la nôtre.
La revue (art absolument) s'est associée avec Clear Channel, le leader mondial de la publicité extérieure, pour une opération culturelle à destination de tous sous la forme d'une "exposition" permanente d'art contemporain - relayée par un réseau d'écrans plasma - au coeur des 13 plus grandes galeries commerciales en France. Sélectionnées par (art absolument), 30 oeuvres de 10 artistes contemporains (peintres, sculpteurs, photographes, artistes numériques) sont diffusées actuellement sur les 103 écrans plasma dont dispose Clear Channel. Les artistes sélectionnés, la plupart de renom, ou parfois encore relativement méconnus, appartiennent à des générations et à des esthétiques différentes , bien que d'origine diverse, ils ont la particularité de vivre et de travailler en France. Il s'agit donc d'un "aperçu" de l'art contemporain en France à l'intention des millions d'individus qui fréquentent les centres commerciaux, et dont la grande majorité n'a qu'une connaissance très partielle ou caricaturale de l'art d'aujourd'hui. Qu'à l'occasion de cet "aperçu", une poignée d'entre eux - dix ? cent ? mille ? qu'importe le nombre -, au débouché de leur pérégrination, à la dérobée de leur regard, soient "saisis" par telle ou telle oeuvre et désirent approfondir celle-ci en voulant en savoir davantage, et notre objectif sera parfaitement atteint.
Pascal Amel