Numéro 37
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Sommaire
6 Actualités
Choix d'événements artistiques
28 Evénement
Le Maroc de l'art contemporain, Entretiens avec Hicham Daoudi et Brahim Alaoui L’oeil d’Abdelaziz Tazi
40 Artiste
Ninar Esber, le féminisme poétique, Entretien avec Christine Buci-Glucksmann
48 Artiste
Giuseppe Penone, la logique des matériaux Entretien avec Philippe Piguet
56 Artiste
Pierre Buraglio, l'Art du recadrage Propos recueillis par Pierre Wat
64 Artiste
Jérémy Liron, ou le réel réinventé, par Alexandra Frau
68 Exposition
Trésor des Médicis au musée Maillol, par Emmanuel Daydé
76 Exposition
Monet, l'esthétique du sublime aux Galeries nationales du Grand Palais par Jules Ménarvo
84 Exposition
Le regard de Monet, au musée Marmottan Monet, par Pascal Bonafoux
94 Bibliothèque
Choix de livres
Editorial
Pourquoi des artistes se mobilisent-ils en faveur d’autres artistes?
Aujourd’hui, dans nos sociétés contemporaines, par le biais des images transmises par les médias, par le témoignage de ceux qui l’ont vécu, chaque tragédie ou drame de l’humanité se déroulant désormais “sous nos yeux” est une blessure vive pour nombre de consciences.
Après le séisme du 12 janvier 2010, qui a ravagé Haïti, les solidarités se sont organisées. Pour reconstruire ce qui peut l’être, les besoins ont été chiffrés à plusieurs milliards de dollars. Des États – la France a promis 326 millions d’euros sur deux ans –, des ONG, des entreprises publiques et privées, des associations caritatives ou de simples individus participent à cet effort de longue durée.
La vente aux enchères du 23 septembre au profit des artistes haïtiens s’inscrit dans cette logique humanitaire. “Le peuple des artistes” sait que sans un minimum de moyens matériels, la création visuelle est très difficile : sans le minimum vital, sans matériel pour peindre, sculpter, photographier ou filmer, sans une pièce isolée ou un coin d’atelier, sans une ou deux infrastructures permettant d’exposer le travail en cours, de le voir et d’en débattre, (il est presque) impossible de créer.
Mais pas seulement. Les artistes savent que la réparation symbolique passe par l’œuvre. Deleuze écrit que l’art est “un vaccin pour soi et pour autrui”, Malraux, que “l’art est ce qui lutte contre la mort”; tous deux estiment également que l’art n’est pas le reflet de la société (comme d’aucuns le limitent, alors que c’est le rôle des médias), mais la mise à jour de son refoulé, l’exorcisme de ses craintes et de ses espoirs, de ses regrets et de ses utopies, la transmission d’un “savoir” à la fois individuel et collectif. L’expérience intérieure du désarroi ou du défaut de sens face à la précarité de l’existence – face à l’innommable – demeure la pulsion première de toute création authentique; ce qui s’ensuit, la reconnaissance, la renommée, la monnaie trébuchante qu’elles peuvent éventuellement procurer, le plus souvent désirées mais en réalité secondaires. L’artiste désire avant tout la transmission de ce qu’il a pu capter – mettre en forme – dans l’exploration périlleuse de sa pensée et de sa sensibilité. L’artiste ne croit pas forcément à l’avenir mais il a la certitude que l’art, lorsqu’il est à son plus haut point d’exigence, délivre une plus grande durée que celle inhérente à toute vie individuelle (y compris la sienne). Il croit sinon à une transcendance de fait, du moins à l’efficacité symbolique de l’œuvre.
Il faut saluer l’initiative de La Maison des artistes. Et remercier tous ceux qui ont fait don de l’une ou plusieurs de leurs œuvres pour qu’elles soient mise(s) en vente. En se montrant solidaires de leurs confrères haïtiens, en faisant en sorte qu’ils aient les moyens de produire les images, les mots et les sons dont nous avons besoin pour ne pas désespérer face aux coups du sort, c’est un hommage à la “puissance” de l’art qu’ils font. Pour que la création continue… Pour que la vie continue....
Pascal Amel, Teddy Tibi