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Numéro 10

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Editorial

Lettre aux lecteurs

Il n'est peut-être pas inutile - pour "saluer" ce numéro 10 - d'expliciter de nouveau quelles sont les grandes lignes de la revue que vous êtes de plus en plus nombreux à lire (merci pour le bouche-à-oreille de tous ceux qui ont parlé de nous avec suffisamment d'éloges pour que d'autres aient le désir de la découvrir). D'une part, nous sommes indépendants - grâce, tout d'abord, à vous et aux annonceurs qui nous font confiance - ce qui facilite la liberté d'esprit , d'autre part nous choisissons toujours ce qui nous parait déterminant pour découvrir ou mieux comprendre ce qui constitue l'oeuvre, les effets qu'une oeuvre d'hier ou d'aujourd'hui, historique ou contemporaine, issue de la civilisation occidentale ou d'autres civilisations procurent à celui qui la perçoit. C'est dire combien l'art est pour nous à l'aune de ses capacités de sensation et d'émotion, de résistance aux lieux communs et d'engagement contre les "cauchemars de l'histoire", de renouvellement de la pensée et de la représentation, de rapport à soi et d'ouverture à l'autre. C'est pour cela que nous privilégions toujours des points de vue passionnés et accessibles d'artistes, d'écrivains, de conservateurs ou de critiques d'art qui partagent avec nous le désir de faire reconnaître ce qui ne leur semble pas exclu que cela puisse perdurer. Qui partagent avec nous le désir de montrer les liens pouvant exister entre l'art d'hier et d'aujourd'hui, entre l'art d'ici et d'ailleurs - leurs points communs, leurs divergences, leurs continuités, leurs ruptures. Bref, nous aimons l'art au point de croire en son universalité, c'est-à-dire, plus précisément, au point de reconnaître dans une oeuvre singulière - ou une série d'oeuvres, une période, un mouvement, un style - une expression supplémentaire et définitive, absolue, de l'espèce humaine. C'est dire combien nous sommes loin des inévitables aléas de la mode et du marché, des clans, des chapelles, des communitarismes, des sempiternels "copains d'abord", ou du trop simpliste "il est normal que l'on préfère sa famille à son voisin, son voisin à un étranger". C'est pour cela aussi, quel que soit le jugement esthétique que l'on puisse en avoir, nous pensons - en toute honnêteté - que les oeuvres de chaque artiste d'aujourd'hui présentées dans notre revue présentent un grand intérêt (nous ne disons pas que tous les artistes intéressants sont dans notre revue - ce qui demeure notre objectif - mais nous affirmons que tous ceux qui y figurent le sont, de par leur engagement ou l'unité de leur style, de par leur radicalité ou leur novation - de par leur substance). Et en particulier les artistes vivant en France et ce, bien évidemment, qu'ils soient femme ou homme, et quels que soient leur origine, leur génération, leur esthétique ou leur médium de prédilection. Car, bien que nous soyons entièrement convaincus de la qualité artistique de Bill Viola, de Sigmar Polke, de Jannis Kounellis, de Shirin Neshat ou de Anish Kapoor, il apparaît que les artistes de ce pays ou ayant choisi de vivre dans ce pays n'ont pas la reconnaissance nationale ou internationale qu'ils mériteraient d'avoir. Il nous semble que trop d'acteurs du milieu de l'art, qui sont pourtant censés les défendre, dénient la capacité de créer aux artistes vivant en France (à Paris ou en région). Que trop d'artistes extrêmement intéressants sont considérés comme secondaires alors qu'ils nous paraissent majeurs - en devenir. Qu'il est urgent de montrer leurs oeuvres. De mieux les faire connaître. De reconnaître ce qui est. De contribuer à l'émergence et à l'approfondissement de tel ou tel aspect de l'oeuvre de ceux que nous considérons comme "incontournables", d'autant que Paris - la France - est devenue de nouveau prépondérante par la qualité de ses expositions et le grand nombre d'artistes venus de tous les horizons qui y résident. C'est dire, enfin, combien, tel Bergson, nous n'avons pas cessé de croire que "là où il y a des hommes et des femmes capables d'admiration il y a civilisation".

Pascal Amel et Teddy Tibi