Numéro 15
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Editorial
L'art, la mondialisation, l'exception française...
L'art contemporain "mondial" serait-il enfin reconnu en France ?
L'art contemporain - l'art qui se crée aujourd'hui - est bien entendu mondial. Pour preuve, les très récentes ou actuelles expositions Africa Remix au Centre Georges-Pompidou, Indian Summer à l'École Nationale Supérieure des Beaux-arts de Paris, Regards des Photographes arabes contemporains à l'Institut du Monde Arabe, L'année du Brésil en France : à chaque fois l'on découvre des oeuvres inédites, inouïes, non encore vues , à chaque fois l'on est saisi par le "local absolu", le "singulier universel" que révèle l'oeuvre d'artistes venus d'horizons lointains et pourtant infiniment proches puisque concrétisant un nouveau possible de l'être humain.
Il était plus que temps. Trop longtemps l'art contemporain s'est uniquement cantonné aux États-Unis et à quelques pays d'Europe occidentale, ce qui, outre la privation du regard que cela induit, peut être considéré non seulement comme une injustice mais comme une étrange anomalie "sociétale" (après tout la musique, la littérature, le cinéma sont depuis plusieurs décennies "mondialisées"). Trop longtemps, les artistes venus de pays non directement liés au marché dominant de l'art ont été marginalisés par ce dernier. Trop longtemps l'art en France, qui reste pourtant par son histoire et par la diversité de sa population l'une des destinations favorites des artistes du monde entier, n'a su rendre compte de l'émergence de ses nouveaux regards. Trop longtemps la question d'un éventuel "racisme de l'art contemporain", qui fut posée dans les années 90 par Jean-Hubert Martin, le commissaire des mémorables Magiciens de la terre, fut malheureusement d'actualité.
Est-ce à dire que cette question est désormais réglée en France ? Encore un effort : il semble que l'on se contente trop souvent de montrer les artistes venus d'ailleurs dans des expositions qui leur sont consacrées par nation ou par continent. Encore trop peu d'institutions, de musées ou de centres d'art, trop peu de galeries défendent les artistes venus de quelque horizon que ce soit, défendent les oeuvres en tant que telles (a contrario, l'on ne peut que féliciter, outre quelques institutions audacieuses, les galeries pionnières en la matière : les galeries Anne de Villepoix avec par exemple Barthélémy Toguo et Yan-Pei Ming, Kamel Menour avec Kader Attia et Adel Abdessemed, Baudoin-Leboin avec sa récente exposition consacrée aux photographes iraniens, et quelques autres qui voudront bien me pardonner de ne pas les citer).
Encore un effort pour que l'art contemporain, trop souvent perçu comme un lieu d'exclusion, devienne un "lieu d'inclusion" - le lieu où, au-delà des déclarations d'intention, l'éthique et l'esthétique se conjuguent quelles que soient l'origine de ceux qui le créent.
Pascal Amel