Numéro 21
| | Prix : | | |
| | Prix Normal | | 10.00 € |
Ajouter au panier
Editorial
Le beau dans l'art contemporain (hommage à Thierry Kuntzel)
Le vidéaste Thierry Kuntzel vient de décéder à un âge prématuré. Avec lui, disparaît un pan de beauté à venir, un pan de cette beauté dont il aurait pu nous faire bénéficier s'il avait vécu les années qui lui étaient - en principe - imparties. Restent ses oeuvres qui nous dispensent cette vérité de la contemplation régulièrement décriée dans l'art contemporain et pourtant si précieuse pour tout un chacun , car la beauté - chez Mark Rothko, Yves Klein, Aurélie Nemours, Simon Hantaï, Bill Viola, Anish Kapoor, James Turrell, Rebecca Horn, Jean-Baptiste Huynh, Ange Leccia... pour ne citer que quelques noms parmi ceux auxquels nous songeons - n'est pas seulement plénitude de l'esprit et des sens, elle nous confronte également à notre propre fugacité : toute contemplation est dépouillement de l'ego et épreuve de la grande durée : tension entre la conscience que nous avons de la relativité de toute vie individuelle et ouverture sur ce qui est plus intense et plus vaste que nous-mêmes : une expérience des limites - un "absolu".
C'est dire que cette expérience, aussi nécessaire sans doute que l'oxygène aux poumons, ne peut être à la mode ou démodée : elle est l'un des invariants de l'être - et en tant que tel demeure l'un des possibles de l'art que quelques artistes, sans doute plus sensibles que d'autres au scandale de l'existence du mal et de la souffrance ici-bas, décident de créer. Les oeuvres d'art ne sont pas uniquement liés au constant renouvellement de styles et de formes reflétant l'époque d'où elles sont issues, elles naissent également du souci de consciences singulières régies par une éthique de la bonté : elles sont aussi un "vaccin" que crée l'artiste pour lui-même et pour autrui.
Pascal Amel et Teddy Tibi
PS : Une fois n'est pas coutume nous nous faisons l'écho d'une pétition de principe L'art c'est la vie qui circule depuis quelques semaines parmi les artistes (dont plusieurs - pas des moindres - ont fait l'objet d'un dossier dans l'un de nos numéros). Ces derniers estiment que trop d'institutions publiques (Centre Georges-Pompidou, CulturesFrance, FRAC, etc.) imposent une esthétique unique, quasi-officielle - en l'occurrence la conceptuelle post-duchampienne - et paraissent "obsédées par l'art tendance, les accrochages big-bang, et l'art spectacle". Rappelons que, pour nous, si la "scène française" existe, comme nous avons pu le voir dans La force de l'art ou comme l'induit le projet Monumenta (un artiste + le Grand Palais), elle ne peut être que plurielle, diverse, ouverte (toutes générations, styles, médiums, origines représentés). C'est ce qui a fait du Paris de l'entre-deux guerres la capitale artistique que l'on sait , et ce qui, sans nul doute, fera d'elle un nouveau pôle culturel international incontournable. Le débat est ouvert. Nous y reviendrons dans notre prochain numéro.