Numéro 3
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Editorial
Il semblerait que l'art en France, à Paris, mais aussi dans de nombreuses villes de province, reconquière, année par année, la place prépondérante qui fut la sienne durant la première moitié du XXe siècle.
Les grandes expositions - celles concernant les artistes incontournables de l'histoire de l'art et de la modernité, mais également celles ayant pour thème la connaissance de civilisations plus lointaines - attirent un public toujours plus nombreux , de nouvelles institutions voient le jour , des fondations se créent , des collections se constituent , des écrivains de talent prennent de nouveau l'art comme thème de leurs fictions , plusieurs générations d'artistes, de style et de genre différents, exposent dans les musées et les galeries , un nombre croissant d'entre eux, qui vivent ou séjournent dans notre pays, bénéficient d'une reconnaissance internationale : bref, loin de se démentir, depuis quelques années, l'intérêt pour l'art ne cesse de croître.
Mais qu'en est-il de la création en tant que telle ?
Quelles sont les oeuvres qui, à travers le temps et l'espace, continuent à être contemporaines, à servir de repères à ceux qui, aujourd'hui et maintenant, en actualisent les potentiels ? Quelles sont les oeuvres qui nous font découvrir une nouvelle manière de voir et de sentir, de penser et d'imaginer et ce, quels que soient leurs médiums (nous pensons que ce ne sont pas les genres ou les médiums qui créent l'oeuvre mais l'inverse, l'oeuvre qui utilise n'importe quel médium pour pouvoir s'affirmer), ou le fait que leurs auteurs - les artistes - soient reconnus ou encore relativement méconnus ?
Ce questionnement suppose une certaine distance. Il suppose de croire que le passage de témoin a réellement eu lieu. Il suppose une attention soutenue au talent - à ce qui perdure. Il suppose surtout, en toute lucidité, sans fausse illusion, de parier sur la croyance en la capacité de l'homme à créer, sous certaines conditions, ce qui le définit et échappe à la fugacité du temps et à la pesanteur du monde : sa capacité de vie et de survie, son désir d'accroître la conscience de soi et celle d'autrui.
À l'opposé d'un discours étonnamment complaisant envers le nivellement par le bas, la confusion générale, l'insignifiance, le dérisoire, l'air du temps, les diktats, l'exclusion, (art absolument) a choisi de donner la parole aux artistes et à tous ceux qui sont passionnés par l'art afin qu'ils nous permettent de mieux appréhender ce qui, à leurs yeux, est une oeuvre...
Pascal Amel