Artiste à la Une

Gerhard Richter
Animé par une recherche de dévalorisation de l’idéologie et de ...

En savoir plus

Artiste à la Une

JonOne
Dans les années 1980, à New-York, JonOne digère le passé ...

En savoir plus

Artiste à la Une

Pascal Dombis
"En passant de Fluxus à la culture mondiale des flux, ...

En savoir plus

Artiste à la Une

Denis Darzacq
Renaud Faroux : Peut-on voir chez vous un certain sens ...

En savoir plus

Exposition à la une

Incandescence
22/10/2011 - 20/05/2012
(Vannes)

En savoir plus

Exposition à la une

Exposition à la une

Exposition à la une

Matisse. Paires et séries
07/03/2012 - 18/06/2012
(Paris)

En savoir plus

Exposition à la une

Les Juifs dans l’Orientalisme
07/03/2012 - 08/07/2012
(Paris)

En savoir plus

Vidéo à la une

Métaphysique du "software"
Artiste : Bill Viola
Production : Art Absolument, Renaud Faroux & ...

En savoir plus

Produit à la une

Palettes, l’intégrale
Une collection de 50 films pour redécouvrir et comprendre 50 ...

En savoir plus

Produit à la une

Offre Découverte 6 mois
Offre découverte : pour 6 mois d'abonnement, soit 3 numéros ...

En savoir plus

Produit à la une

Berthe Morisot
Jean-Dominique Rey Flammarion Dernière monographie en date consacrée à l’œuvre de ...

En savoir plus

Produit à la une

Théodore Géricault
Nina Athanassoglou-Kallmyer Phaidon La vie tourmentée de Théodore Géricault, disparu à ...

En savoir plus

Produit à la une

Catalogue de l'exposition "Traits d'Union. Paris et l'art contemporain arabe"
Cette publication bilingue(français-anglais) de 208 pages illustrées de 200 images ...

En savoir plus

Actualités à la une

Un nouvel écrin pour le musée de l’institut du monde arabe (IMA)
À l’occasion de son 25ème anniversaire, l’institut du monde arabe ...

En savoir plus

Actualités à la une

Ouverture du nouveau Musée Toulouse-Lautrec
Après onze ans de travaux et 38 millions d’euros investis, ...

En savoir plus
GRAVURE, LITHOGRAPHIE, NUMERIQUE, SERIE LIMITE...CHEZ VOUS !!
DEVENEZ COLLECTIONNEUR A PRIX RAISONNABLE

Numéro 23

Numéro 23

   Prix :    
   Prix Normal   10.00 €


Ajouter au panier

Editorial

Suite à son dossier du numéro 22 où la revue Art Absolument s’est fait l’écho de la pétition L’art c’est la vie qui, en substance, dénonce « la politique de l’État en matière d’art contemporain depuis une vingtaine d’années », celle-ci a organisé une journée/débat sur L’État et l’art contemporain / l’état de l’art contemporain au théâtre du Rond-Point, à Paris, le 28 novembre dernier.
Les lecteurs pourront trouver l’intégrale des interventions sur le site de France-Culture et sur celui de la chaîne Arte (liens sur www.artabsolument.com).
En outre, elle publie, ici, l’intervention de son rédacteur en chef.


Le pari de la diversité

L’art naît toujours d’une situation donnée. Il surgit toujours d’un contexte collectif. D’un moment historique précis. Mais il n’est réellement de l’art que s’il parvient à s’incarner dans des œuvres qui sont à la fois le reflet de ce moment et l’expression d’un point de vue qui excède celui-ci. Il n’est de l’art que si, bien que né dans un contexte, issu de lui, il en symbolise ce que ce dernier peut receler de singulier et d’universel, sinon, comment pourrions-nous trouver un quelconque intérêt à voir encore aujourd’hui Paolo Uccello, le Greco, Rembrandt, Courbet ou Malevitch, sans parler des œuvres issues de civilisations fort éloignées de la nôtre. Les œuvres d’art, produites par l’histoire des sociétés et des civilisations, s’en émancipent en créant les formes symboliques qui n’en sont pas seulement le témoignage mais ce qui – par l’entremise de biographies spécifiques – particulières – est parvenu à nous donner pour toujours une nouvelle manière de voir, de sentir, d’être ému, de penser, d’imaginer ou de percevoir l’infini qui n’existait pas avant elle.

Dans les sociétés libres et démocratiques que sont les nations modernes, il n’y a pas d’art sans révolte ni engagement individuel. Révolte contre la mort inéluctable et le fait de n’être que ce que nous sommes, conscience de l’imperfection du monde et de la capacité de l’homme à commettre le pire, critique du réel à cause de ce qu’il est et de ce qui lui manque, lutte perpétuelle contre l’arbitraire et l’injustice, la souffrance et le mal, désir d’une vie qui soit à la fois plus libre et plus intense, plus affirmative et plus belle. Quête incessante de l’être à donner du sens à ce qui peut-être n’en a pas, à moins que ce ne soit précisément cette incertitude – ce doute quant à la nécessité de notre présence sur Terre – qui confère à chacun d’entre nous l’obligation de créer un sens qui soit valide pour lui et pour autrui et qui, de fait, apporte la preuve irréfutable que l’homo sapiens n’est pas seulement l’extrême pointe de l’évolution animale mais un esprit qui toujours cherche à se délivrer.

Dans les sociétés libres et démocratiques qui sont les nôtres, que ce soient dans la vie collective ou dans celle des individus, dans la création vivante ou dans l’art, il n’y a pas de dogme ou de doctrine à suivre une fois pour toutes – il n’y a pas de vérité unique – il n’y a pas une vérité qui serait bonne et les autres mauvaises – mais une multiplicité de réponses à la fois spécifiques et particulières, des points de vue singuliers – de la différence.

Dans la société française, sous la Ve République (dont il n’est peut-être pas inutile de rappeler l’article 1er de la Constitution : “La France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale. Elle assure l’égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d’origine, de race ou de religion. Elle respecte toutes les croyances. Son organisation est décentralisée.”), au cœur des idéaux de la société française – dans la vision idéalisée qu’elle a d’elle-même –, c’est l’individu qui est sacré. Ce sont les droits de l’individu qui sont sacrés. Ce n’est pas tel ou tel dogme, telle ou telle doctrine supposée définitivement supérieure aux autres.



Pour ce qui concerne l’art, la création de l’art en France, le moment est sans doute venu de nous souvenir que Paris dans l’entre-deux-guerres n’a pas été seulement une ville-monde mais le centre de l’art moderne. Le moment est sans doute venu de nous souvenir que, comme l’écrit en 1944 un éditorialiste américain évoquant cette spécificité dans les colonnes de son journal : “C’était la liberté qui faisait la grandeur de Paris. Hommes et femmes pouvaient librement laisser s’épanouir leur talent. Ils vinrent de tous les coins de la terre et trouvèrent un lieu où ils purent exercer leur don avec les meilleurs artistes de tous les métiers. Pas de politicien borné pour leur dicter ce qu’il fallait dire, ou faire, ou penser [je pense qu’il fait référence aux systèmes totalitaires avec leur instrumentalisation de la culture, leur mise au pas idéologique des artistes au service de leur propagande, et l’élimination physique ou psychique de tous ceux qui ne s’y plient pas]. Cette liberté n’était pas le seul bien de l’élite intellectuelle. C‘était aussi celui de l’homme de la rue ou de la femme dans son foyer […]” ; il est sans doute temps de nous souvenir que c’est la diversité des artistes et la multitude de leurs mouvements esthétiques parfois radicalement opposés, la diversité de leurs nationalités et de leurs cultures d’origine qui ont caractérisé la période de créativité intense d’où ont émergé en grande partie les fondateurs de la modernité que tout un chacun connaît (Picasso, Matisse, Kandinsky, Fernand Léger, Calder, Miró, Soutine, Brancusi, Duchamp, Picabia, Man Ray, Max Ernst, Giacometti, Masson, Matta, etc., etc.).

Le moment est sans doute également venu de se souvenir de la fièvre protestataire de Mai 68 : de l‘intransigeance de sa critique idéologique, de son dogmatisme et de son sectarisme latents – certes –, mais aussi de ses remises en question salutaires, de ses utopies généreuses, de son souffle libertaire, de son imaginaire et de son hédonisme débridé. Sous les pavés, la plage.

Le moment est sans doute venu de se rappeler que, de la frénésie de Mai 1968, la précédant ou la développant sur le plan de la création, est née une pluralité de mouvements d’artistes jeunes – le plus souvent conflictuels, voire exclusifs, mais ayant en commun le désir de changer sinon le monde du moins le regard en inventant de nouveaux moyens d’expression permettant de créer des œuvres progressistes en phase avec l’esprit de révolte dont elles étaient issues : la Nouvelle Figuration avec Monory, Cueco, Stämpfli, Télémaque, Cremonini, Erro, Rancillac, Klasen, Velikovic, etc. ; Support-Surface avec Viallat, Dezeuze, Pagès, Dolla, Buraglio, Meurice, Jaccard, Pincemin etc. Cet autre mouvement transgressif – le Narrative Art si attirant pour les esprits littéraires – qui s’articule entre fiction et images, mythologie personnelle et messages collectifs représentés par, entre autres, Ernest Pignon-Ernest, Jean Le Gac, Paul-Armand Gette, Christian Boltanski, Annette Messager ou Jean-Pierre Bertrand ; les conceptuels radicaux du groupe BMPT (Buren, Mosset, Parmentier, Toroni) ; l’art expérimental de Sarkis ou de Robert Filliou ; les performances du body-art avec Gina Pane ou Michel Journiac ; mais aussi des groupes de femmes artistes comme par exemple celui de Femmes-art avec Léa Lublin, et d’autres alors très jeunes comme Monique Frydman, Isabelle Champion Métadier ou Najia Mehadji ; et, bien entendu, des singularités difficilement assimilables à un mouvement précis mais souvent prépondérantes tels Judit Reigl, Simon Hantaï, Reyberolle, Jean Degottex, Gasiorowski, François Rouan, Titus Carmel, Réquichot, Malaval, Jean-Pierre Raynaud et des dizaines d’autres que l’on voudra bien me pardonner de ne pouvoir citer dans le cadre de ce court exposé…

Ce qui est important à noter – si l’on s’en tient à la “scène française” des années 70 et du début des années 80 – c’est qu’elle fut diverse, plurielle, foisonnante, passionnée, conflictuelle, dynamique. Et foncièrement engagée. Éprise de principes et de cohérences. D’où, par contrecoup, le surgissement que l’on peut estimer logique, en tout cas sociologiquement juste, d’un mouvement pictural qui s’est voulu spontané, “sauvage”, moins théorique, plus accessible aux yeux de tout un chacun, je veux évidemment parler de la Figuration libre (Combas, Blais, Di Rosa, Boisrond et quelques autres). Ce qui est important à noter, c’est que simultanément à l’instauration en France d’infrastructures consacrées à l‘art contemporain (l’aide massive de l’État aux associations d’artistes, la multiplication des lieux d’expositions, la politique de commandes publiques et d’acquisitions d’œuvres d’art sur tout l’Hexagone, les FRAC, etc.), l’on a assisté à une montée en puissance des arts plastiques en France tant sur le plan institutionnel que sur celui de la diversité des pratiques artistiques (la peinture, la sculpture, mais aussi la photographie plasticienne, la vidéo ou les installations).

Pour le dire autrement : jusqu’au milieu des années 80, malgré les effets toujours simplificateurs de la mode qui, pour une période donnée, se focalise sur tel ou tel mouvement, sur telle ou telle esthétique (mais la mode étant par définition éphémère, ce qui est occulté lors d’une période donnée finit toujours par émerger selon la loi inexorable du “retour de balancier”), on peut dire que le bilan était largement positif. Deux bémols cependant qui, peut-être, étaient les signes avant-coureurs de la disqualification de pans entiers de la création contemporaine que dénoncent les signataires de la pétition L’art c’est la vie : il a fallu attendre la fin des années 90 pour que les œuvres des femmes, qui constituent pourtant plus de la moitié des artistes, soient enfin présentes sur les cimaises des galeries et des musées. Quant aux artistes des départements et des territoires d’outre-mer (les Antilles, la Polynésie, La Réunion, etc.) ou ceux issus des “minorités visibles” qui représentent une part non négligeable de la richesse des créateurs de notre pays, ils attendent encore – sauf exception – leur reconnaissance, ce qui, pour un milieu qui se targue d’être à l’avant-garde de la société, est tout de même affligeant pour ne pas dire alarmant !



Que s’est-il passé exactement entre la fin des années 80 et maintenant ? Que s’est-il passé, au juste, durant ces vingt dernières années ? Je l’ignore. Mais, force est de constater que l’élan généré par une politique de l’État favorable aux arts plastiques et à la diversité des pratiques et des mouvements esthétiques, nous l’avons en grande partie perdu.

Aujourd’hui, aux yeux de trop nombreux fonctionnaires de l’art, il semble que, en France, à Paris et en régions, une esthétique ait prioritairement le droit de cité, en l’occurrence la “post-dadaïste” qui se réclame à la fois de l’esprit iconoclaste de Marcel Duchamp, de l’humour nihiliste de Picabia et de l’anti-humanisme de Jarry – l’auteur du célèbre Père Ubu, cette caricature du Moi en forme de baudruche monstrueusement gonflée des dictateurs, des potentats, des chefs et des petits chefs qui veulent à tout prix vous inculquer leur credo, quitte à utiliser “la machine à décerveler” si vous n’ânonnez pas – à leur suite – le catéchisme qu’ils ont décrété véridique une bonne fois pour toutes.

Bien sûr, cette fibre dadaïste, que l’on voit à l’œuvre depuis vingt ans dans l’art en France, sa moquerie universelle, son cynisme, sa dénonciation des hiérarchies philosophiques et morales, sa volonté de destruction des valeurs bourgeoises (du moins ce qu’il en reste), a sa validité. Comme sa sœur aînée elle est née d’une violente mise en question de la réelle capacité de la culture à être un rempart contre les tragédies de l’histoire. De même que le dadaïsme est né sur les décombres de la Première Guerre mondiale où les peuples européens les plus cultivés, ou du moins issus de vieilles nations cultivées, se sont massacrés comme rarement massacres eurent lieu ; de même le nihilisme kitch – qui est mis en avant, en France – est né du constat de l’impuissance de la culture à être sinon une arme, du moins un rempart contre la barbarie : les deux guerres mondiales, les totalitarismes et les fascismes, la Shoah, les 20 millions de morts du communisme ne peuvent qu’avoir mis en doute – pour chacun d’entre nous – la capacité de la culture à changer réellement le comportement des hommes. D’où, à notre avis, l’émergence de ce courant, qui allie radicalité critique et déni de la prétendue sublimité de l’art, puisque l’être humain, y compris dans ses formes symboliques les plus élaborées, est incapable de concevoir non pas une société pour toujours harmonieuse – de cela nous sommes revenus – mais un monde qui ne soit pas sous la menace potentielle de l’injustice et de l’arbitraire, de la violence et du crime.

C’est dire combien, à nos yeux, ce parti pris a sa légitimité d’autant que Christian Boltanski, Sophie Calle, Annette Messager ou Pierre & Gilles – pour en citer quelques-uns dont nous estimons les œuvres – sont à l’évidence des artistes intéressants, voire incontournables.

Même si nous ne partageons pas avec eux la croyance que l’art doit être avant tout le reflet de la déréliction du monde, que l’art ne peut exister que sous une forme déceptive ou dérisoire, nous comprenons la nécessité de leur démarche. (Pour notre part, nous pensons que les post-dadaïstes se trompent de cible : ce n’est pas la haute culture qui est en question : Shakespeare et Dostoïevski, Goethe et Victor Hugo ne sont pas particulièrement fascistes ! C’est bien plutôt l’instrumentalisation de la culture à des fins de propagande qui est à mettre en question. C’est bien plutôt la terrifiante réduction de la culture à une suite de slogans et de mots d’ordre censés édifier le peuple qui est à condamner. Le peuple conçu non pas comme une multitude d’individus partageant un socle de valeurs communes, y compris celles élaborées lors de luttes et de solidarités collectives, mais le peuple ravalé au stade d’une masse informe à fondre dans un seul et unique creuset – le fantasme de la méga-machine culturelle globale qui veut forger “l’homme nouveau” en nivelant toute pensée individuelle, toute singularité, toute différence. C’est cette instrumentalisation de la culture – qui est le fondement délirant de n’importe quel État totalitaire – c’est cette instrumentalisation qu’il faut mettre en question !) Même si nous ne partageons pas la même analyse que les post-dadaïstes quant à la nécessité de discréditer les valeurs humanistes de l’art (pour nous, les œuvres d’art, dans leurs formes les plus élaborées, sont un hymne à la sensibilité et à l’intelligence, ce sont des blocs de sensation, d’émotion, de conscience et de savoir pour aujourd’hui et pour demain), le problème n’est pas là.

Le problème c’est que cette tendance est devenue au fil des ans hégémonique, pour ne pas dire “officielle”. Deux décennies d’une seule et même esthétique, c’est long, cela crée forcément des disciples, des suiveurs, des seconds couteaux, des artistes formatés qui répètent consciencieusement la leçon qu’on leur a apprise. Cela finit par lasser. Personnellement, même si de temps à autre je vois des œuvres fortes qui s’inscrivent dans cette tendance, car ce qui compte – dans n’importe quel mouvement esthétique – ce sont les œuvres qui s’en dégagent (que reste-t-il, au juste, de la grande opposition entre les abstraits et les figuratifs qui a traversé le XXe siècle, si ce n’est les œuvres fortes et singulières ?), le plus souvent je n’y trouve pas mon compte. On a l’impression que le discours a remplacé l’œuvre, que l’attitude est plus importante que l’œuvre, que, à l’extrême, on n’a plus besoin d’œuvres mais seulement d’attitudes. Que le nec plus ultra ce sont les artistes sans œuvre.

On a l’impression qu’un prêchi-prêcha mêlant obscurément le matérialisme dialectique, le nihilisme, la dérision et des citations de philosophes à la mode tient lieu de conscience éclairée (j’en parle avec rigueur parce que j’ai toujours eu de l’admiration pour les créateurs qui, plus sensibles que d’autres aux tragédies de l’histoire, tentent avec leurs faibles moyens d’y répondre – humainement, symboliquement : Guernica de Picasso, les Otages de Fautrier, le travail de mémoire d’Alfredo Jarr sur le Rwanda, les films de Rithy Pahn sur le génocide perpétré par les Khmers rouges au Cambodge, les photographies de Louis Jammes à Sarajevo et à Bagdad, les installations de Jochen Gerz ou de Christian Boltanski sur la Shoah sont pour moi – à ce titre – exemplaires).



Pourquoi l’État républicain favorise-t-il, depuis vingt ans, cette tendance qui dénigre la main pensante du peintre et du sculpteur, qui réprouve l’œil subjectif du photographe et du vidéaste, qui décrie le monde virtuellement onirique de ceux qui utilisent les nouvelles technologies ?

Pourquoi l’État républicain favorise-t-il cette tendance qui fait table rase de l’art du passé et nie l’apport des autres civilisations ? qui blâme toute invention formelle et qui réprouve non seulement la perception de la beauté et du sacré mais tout élargissement des possibles de l’homme ?

Pourquoi l’État républicain favorise-t-il une tendance qui exclut tout autre qu’elle-même et qui – en réalité – n’intéresse déjà plus grand monde : ni le premier cercle passionné des artistes, des critiques, des conservateurs, des collectionneurs ou des simples amateurs d’art qui, de par leurs choix électifs, font le repérage des œuvres qui, leur ayant laissé une empreinte durable, deviennent autant de jalons de l’histoire à venir ; ni le marché de l’art qui – rappelons-le – a de tous temps privilégié la peinture, la sculpture, le dessin, et, depuis peu, la photographie plasticienne ; ni le public désireux de mieux connaître ce qui se crée de nos jours et qui se rend aux grandes manifestations artistiques lorsqu’elles sont de qualité.

(Je pense, entre autres, à nombre d’expositions exigeantes récemment organisées par la Délégation des arts plastiques et la Réunion des musées nationaux : Monumenta 1 Kiefer au Grand Palais, La Force de l’art – que l’on doit impérativement améliorer – La Mélancolie, Les Nouveaux Réalistes,
en avril prochain La Figuration narrative), ni le public de l’art qui peut s’enthousiasmer pour les œuvres contemporaines mais qui déserte – à juste titre – l’indigence de certaines manifestations comme – pour prendre quelques exemples parmi d’autres – l’actuelle biennale de Lyon, ce qu’est devenu Le printemps de Septembre à Toulouse, ou le grand bazar insignifiant de l’exposition dite Dyonisiac au centre Georges-Pompidou.)

Pourquoi ce soutien privilégié de l’État français à cette tendance devenue au fil des ans figée, répétitive, c’est ce qui, pour nous, demeure incompréhensible, d’autant que, parmi d’autres, Bertrand Lavier – qui s’y connaît – a résumé avec sa verve coutumière ce que tout un chacun pense (je cite de mémoire) : “l’art contemporain aujourd’hui en France n’est pas seulement devenu infantile, il en est au bac à sable…”



Laissons les bacs à sable, les pelles et les seaux !

Pourquoi ne pas faire – comme ce fut le cas dans l’entre-deux guerres – le pari de la diversité ?

Pourquoi ne pas donner à voir l’excellence et la diversité de ce que créent les plasticiens d’aujourd’hui – en France, à Paris et dans les régions – et ce, quels que soient les générations, les médiums, les esthétiques, les origines, les nationalités ?

Pourquoi ne pas donner à voir la qualité et la pluralité des mouvements esthétiques et des singularités qui s’expriment aujourd’hui en France, que ce soient dans la peinture, la sculpture, la photographie plasticienne, la vidéo, les installations, les nouvelles technologies ?

Pourquoi ne pas prendre la mesure de ce qui se crée réellement aujourd’hui en France et qui est multiple, foisonnant, passionnant, novateur (il n’y a pas seulement tous les artistes expérimentés que j’ai déjà cités mais 100, 200, 500 artistes talentueux peu ou prou marginalisés dont il faut prendre la mesure et qu’il faut dès à présent montrer) !

Pourquoi ne pas défendre l’art en France par le biais des infrastructures créées par l’État bien évidemment, mais aussi par le soutien de tous ceux qui veulent y contribuer : les musées, les centres d’art des régions et des villes, les galeries, les collectionneurs les fondations, les entreprises désireuses de s’investir, les associations d’artistes, les médias, les revues, les sites internet, etc. !

Pourquoi ne pas jouer la carte de la diversité de la France puisqu’il n’y a pas d’art français mais que de nombreux artistes talentueux – d’ici ou d’ailleurs – y vivent et y créent !

Pourquoi ne pas faire en sorte que Paris redevienne ce qu’elle fut, c’est-à-dire l’une des deux ou trois villes-monde où la diversité de l’art vivant se crée, se voit, s’achète, se vend, se dynamise ?

Pourquoi ne pas présenter de nouveau cette spécificité aux yeux des autres Nations de l’art ?

Pourquoi l’État républicain qui, par principe, est un service public au service du public, ne contribuerait-il pas davantage à ce que cela soit puisque l’art est devenu un enjeu symbolique majeur pour les individus désireux de changement et de progrès, de transformation et de novation qui constituent la conscience collective en devenir de notre société ?

Pourquoi la politique de l’État républicain en matière d’art contemporain ne mettrait-elle pas en avant l’excellence et la diversité de la création puisque les œuvres d’art concourent sinon à bouleverser la face du monde, du moins à rendre – ici et maintenant – la vie de tout un chacun plus libre et plus intense, plus affirmative et plus belle ?

Pascal Amel