Numéro 25
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Indisponible
Editorial
Artistes de la Martinique méconnaissance ou occultation??
Lorsque l’on s’intéresse un tant soit peu à la musique des Caraïbes, les noms de Zouk Machine, de Malavoi ou de Kassav résonnent à nos oreilles?; lorsque l’on s’intéresse un tant soit peu à la pensée, à la littérature ou à la poésie, ceux d’Aimé Césaire – le premier théoricien de la “négritude” –, d’Édouard Glissant, l’un des écrivains mondiaux les plus importants de sa génération (il faut absolument lire le Traité du Tout-Monde : c’est stupéfiant d’intelligence et de novation de la langue française), de Patrick Chamoiseau (prix Goncourt 2002 avec l’inénarrable Texaco) ou de Raphaël Confiant viennent immédiatement à l’esprit.
Lorsque l’on s’intéresse à l’art contemporain, y compris de très près, aucun nom propre, aucune œuvre n’apparaissent spontanément à nos yeux : la méconnaissance (l’aveuglement??) est totale.
D’aucuns soutiennent que c’est logique puisqu’il n’y a pas d’artistes contemporains de niveau international en Martinique (remarquez que ce sont les mêmes qui, il y a peu, ont dénié ce statut aux artistes russes, chinois, indiens ou arabes…). L’Hexagone des arts plastiques semble étonnamment clos, crispé sur lui-même. Rien de nouveau sous le soleil.
Art Absolument, qui se targue d’être une revue soutenant la diversité de l’art, et en particulier les artistes en France, a pris la décision de rendre compte de la réalité de la situation des artistes plasticiens des régions ultramarines : nous sommes allés à la Martinique et force a été de constater que, pareillement à ce qui se crée de novateur en musique ou en littérature, les artistes étaient en pleine effervescence, et que ce que nous pensions être de la méconnaissance (toujours préjudiciable mais à laquelle on peut porter remède) ressemblait à s’y méprendre à de l’occultation (trop systématique pour ne pas être volontaire).
Pour prendre un exemple qui, pour nous, fait malheureusement “figure” de symptôme : afin de célébrer l’anniversaire de la commémoration de l’abolition de l’esclavage (décidée par Jacques Chirac le 10 mai 2006), une œuvre sculpturale sans grand intérêt, illustrative, voire superficielle, de l’artiste post-dadaïste Fabrice Hyber a été commandée et inaugurée le 10 mai 2007 au jardin du Luxembourg à Paris (ce n’est pas l’artiste que nous critiquons, ce sont les “décideurs” qui n’ont pas pris la peine de s’informer sur les œuvres d’Ernest Breleur, de Julie Bessard, de Valérie John, d’Hervé Beuze, de Jean-François Boclé, etc., qui rendent compte – elles, en profondeur – de ce crime contre l’humanité).
Les temps changent. Ils doivent impérativement changer. Pour notre part, nous ne supportons plus le déni des autres France qui prévaut dans le (tout petit) noyau dur du milieu de l’art hexagonal : en l’occurrence l’exclusion de toute une communauté de créateurs contraints à la non-visibilité dans son propre pays – ou du moins dans celui qui affirme être le sien?! Il est urgent que tout un chacun le comprenne non seulement en paroles mais en actes. Il est urgent que la France de l’art s’ouvre à la pluralité des horizons qui la constituent – qu’elle “respire”.
D’où ce dossier sur les artistes de la Martinique qui, espérons-le, avec l’aide de quelques autres initiatives majeures, contribuera à ce que cette méconnaissance (ou cette occultation??) ne soit plus – un jour – qu’un lointain souvenir…
Pascal Amel, Teddy Tibi
Nous dédions ce numéro à la mémoire d’Aimé Césaire. Par ailleurs, nous tenons à remercier François-Xavier Bieuville, conseiller au secrétariat d’État chargé de l’outre-mer, Dominique Brebion, conseiller pour les arts plastiques et les musées de la DRAC Martinique, et Florent Plasse de la fondation Clément pour leur soutien actif quant à la constitution de ce dossier.