Numéro 26
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| | Prix Normal | | 10.00 € |
Indisponible
Sommaire
10 Ici et Ailleurs
Traversées : artistes contemporains du monde arabe, Entretien Pascal Amel/Brahim Alaoui
24 Exposition
Le chant de pierre d'Andrea Mantegna, Par Emmanuel Daydé
32 Exposition
Emil Nolde, ou la modernité expressionniste du Nord, Par Manuel Jover
40 Exposition
L'aventure esthétique de Pierre Tal-Coat, Par Jean-Pascal Léger et Marie-Françoise le Saux
48 Exposition
Jacques Villeglé, ou la comédie urbaine, Entretien avec Elisabeth Couturier
54 Carte blanche
Fred Forest, artiste du net
62 Exposition
Coskun, la ligne et la matière, Entretien avec Pascal Amel
70 Peinture
Michaële-Andréa Schatt, les dessous de la peinture, Entretien avec Karim Ghaddab
76 Photographie
Nicolas Frémiot, vagabondages, Par Claude Rambaud
78 Point de vue
L'œil de Claude et Janine Vérité
84 Bibliothèque
Esthétique, Littérature et Beaux-Arts
89 Evénements
Choix de manifestations artistiques nationales
Editorial
Du local absolu
La grande nouvelle c’est que, après avoir été cantonné à quelques pays occidentaux, l’art contemporain au XXIe siècle se mondialise : internet, démocratisation des voyages, renforcement des relations diplomatiques et commerciales entre les nations, esquisses d’accords internationaux concernant l’environnement, les droits de l’homme ou la justice, diasporas actives dans les villes-mondes, tout concourt à un dépassement des “blocs” du siècle dernier au bénéfice d’une ouverture sur l’autre aux antipodes des identités figées sur elles-mêmes dont on sait aujourd’hui – dans leur nostalgie d’un âge d’or fantasmatique ou leur volonté belliciste d’un monde unilatéral – combien elles peuvent être funestes.
Pour nous, à (art absolument), qui sommes favorables à la diversité et qui savons que l’art – l’œuvre d’art – en est toujours la quintessence (c’est le propre du chef-d’œuvre d’hier et d’aujourd’hui de ne pas se réduire à telle ou telle interprétation mais d’être multiple, ouverte, en devenir), nous ne pouvons être insensibles à cette nouvelle donne.
Après la Chine, l’Inde ou la Russie les œuvres des artistes vivants ou originaires du Moyen-Orient, du Proche-Orient et du Maghreb nous sont enfin “révélées” – révélées dans le sens que, bien qu’existantes, elles nous étaient jusqu’à aujourd’hui pratiquement dérobées au regard (d‘où l’importance d’une exposition comme Traversées dont certains d’entre vous ont pu voir la préfiguration à la foire d’ArtParis en avril dernier, ou participer au débat que nous y avons organisé).
C’est évidemment un élargissement des possibles, un élargissement non seulement de notre vision, de notre sensibilité et de notre intelligence mais une manière de répondre au “choc des civilisations” que d’aucuns prétendent irrémédiable. Pour notre part, il y a fort longtemps que nous avons compris que si “choc” des civilisations il y avait, il était avant tout esthétique, le mot “choc” n’étant pas à prendre dans le sens d’un antagonisme ou d’une fracture irréversibles, mais l’inverse, comme “stimulant” pour créer – par-delà les frontières ou l’histoire par définition spécifique de telle nation ou telle civilisation – de nouveaux agencements, de nouvelles connexions qui invalident les clichés et les lieux communs, d’autant que nombre des artistes originaires de ces différentes régions vivent ou résident régulièrement dans les villes-mondes (New York, Londres, Berlin, Paris…) où se crée l’art d’aujourd’hui et de demain.
Car, c‘est sans doute le rôle fondamental de l’art, sa ligne de vie et de survie, l’engagement qui incombe aux artistes – du moins aux meilleurs d’entre eux – de parvenir, à travers leur propre singularité, sinon à un langage universel, du moins à une vision en partage.
À produire des œuvres qui, bien qu’issues d’un contexte, le dépassent au profit de ce que Gilles Deleuze – le si pertinent philosophe pour qui désire comprendre ce que veut dire créer – appelle le local absolu.
Pascal Amel