Nous sommes partis à l’aube - Emmanuel Tussore

Nous sommes partis à l’aube - Emmanuel Tussore : Emmanuel Tussore. Nous sommes partis à l’aube 2025, Bonnieux Miroir, Texte    Nous sommes partis à l’aube - Emmanuel Tussore : Emmanuel Tussore. La Première Pierre 2022, Sète Brique de béton, Palmier dattier Phoenix, 20x50x30cm    Nous sommes partis à l’aube - Emmanuel Tussore : Emmanuel Tussore. Rose des vents 2025 Assiettes en porcelaine de Burgenland, 70 cm    Nous sommes partis à l’aube - Emmanuel Tussore : Emmanuel Tussore. Toumaï 2024 Pirogue de Casamance, Pagaies, 550 x 150 x 200 cm   


L'exposition


Comment représenter le départ ? Comment saisir la disparition et le déplacement, tout en
préservant le lien inébranlable ayant uni des individus et des communautés? C’est à cette
question que se livre Emmanuel Tussore dans son exposition Nous sommes partis à l’aube
actuellement présentée à la Fondation Blachère.

La séparation implique une potentielle fissuration du lien, par des mouvances ainsi que des
éloignements. Dans l’exposition concoctée par la Fondation Blachère, le spectateur devient
voyageur d’un monde social structuré par différentes limites, lesquelles émergent au fur-et-à
mesure de son parcours. Par un jeu sur l’orientation, l’artiste délimite l’espace d'exposition
par l’accrochage de quatre Roses des vents servant de points de repère et d’ancrage des
pratiques humaines dans l’espace. C’est à partir d’une association épineuse et florale
d’assiettes traditionnelles que l’artiste réinvestit l’aspect décoratif de l’assiette, souvent
utilisé de cette manière dans la culture occidentale, afin de mettre en avant sa dimension
sociale et culturelle propre à d’autres cultures. Cette série d'œuvres souligne une
caractéristique présente continuellement dans l'œuvre d’Emmanuel Tussore: celle de la
logique fragmentaire, presque archéologique. Si le procédé est d’ores-et-déjà significatif
dans son installation in situ Rose des vents, dans le désert du Sahara en 2023, il est par la
suite réitéré par la mise en scène d’une pirogue Toumai, conçue en 2024. En faisant appel à
un archaïsme revendiqué, déjà apparent dans le titre donné à l’oeuvre (toumaï étant le nom
du plus ancien ancêtre hominine connu), E. Tussore invite le spectateur à embarquer au
sein de cette installation et à suivre le mouvement initié par la disposition des pagaies,
semblant presque se mouvoir dans l’espace vide. La métaphore de l’ancrage, par delà le
temps, les frontières et les cultures se file ainsi tout au long de l’exposition et c’est dans La
Première Pierre (2022), œuvre aux mouvements similaires de ceux perçus dans Toumaï,
mais avec cette fois-ci une impression transperçante, où le désir de signifier la douleur et la
difficulté de l’arrachement se fait ressentir. Ainsi, au-delà d’une expérience artistique,
Emmanuelle Tussore invite le visiteur dans une véritable réflexion anthropologique. Les lieux
sont pensés comme endroits de mémoire, de passage et de départ; perçus comme un
terreau fertile de toute activités humaines et sociales. Emmanuel Tussore allie mise en avant
et mise en relief par une pratique artistique suspendue dans l’espace et le temps. Les motifs
de séparation sont amplifiés tout comme ce qui renforce et laisse une trace. Emmanuel
Tussore retrace ici l’élaboration des frontières implicites et explicites d’un monde en
mouvement permanent.

Léa AMADIO

Quand


16/10/2025 - 07/03/2026
 Retour     |      Haut de page